Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver!

Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver!  

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Comment les abeilles survivent aux hivers canadiens

Les animaux d’ici n’ont pas attendu qu’un professeur de mathématique de Québec (1) leur chante cette évidence même. Depuis la nuit des temps, ils savent l’importance de suivre une stratégie éprouvée par leurs ancêtres afin de maximiser leurs chances de survivre à nos hivers rigoureux et de laisser une progéniture saine capable elle aussi de produire des descendants.

Trois stratégies s’offrent à eux: 

  • migrer vers les régions méridionales;
  • hiberner; ou,
  • s’emmitoufler, faire des provisions et s’assurer que son chez-soi puisse résister aux intempéries afin d’hiverner ici. (Ceux et celles qui choisissent cette troisième stratégie, une fois les préparatifs terminés, peuvent se consacrer à manger leurs provisions et à faire des petits durant l’hiver. Nos ancêtres adoptèrent cette stratégie.)

Les abeilles n’ont pas l’âme voyageuse et certainement pas la constitution du sterne arctique qui parcourt 20,000 km en se rendant en Antarctique après un détour sur les côtes de l’Afrique avant de revenir, le printemps venu, commencer une famille dans le Grand-Nord canadien. (Natural History, Michael Runtz, 2012)

Même devant le redoutable croc-en-jambe que constitue l’hiver pour elles, les abeilles ne suivent pas l’exemple de leurs proches cousins les bourdons (tous deux de la famille des Apidés). Chez les bourdons, les ouvrières et les mâles ainsi que les reines de qui ils sont nés périssent à l’approche de l’hiver. Les jeunes reines fécondées hivernent alors seules tapies au fond de minuscules nids dans le sol (2).

Disciplinées, grégaires et solidaires, les abeilles mellifiques domestiques ont une façon bien unique de faire face aux rigueurs de l’hiver (3).

Cependant, rien n’est gagné d’avance. Les abeilles domestiques ne sont pas originaires d’Amérique du Nord et elles ne pourraient survivre à l’hiver sans l’aide et l’expérience d’un apiculteur. Voici brièvement comment nos abeilles domestiques (4) et leurs complices humains s’y prennent pour ceux d’entre vous qui s’initient au monde des abeilles.

Lorsque la température ambiante chute à 18°C ou moins, les abeilles se rassemblent en peloton compact ou « grappe » à l’intérieur de la ruche. Les abeilles à la périphérie du peloton se serrent  côte-à-côte et font face au centre. Leur chaleur corporelle suffit alors pour le peloton. Mais lorsqu’arrive le froid hivernal, les abeilles au centre du peloton, là où réside la reine, engendrent de la chaleur en faisant vibrer doucement leurs muscles du thorax avec lesquels elles battent des ailes et frissonnent. Par ce mouvement continu, elles arrivent à chauffer l’intérieur de la ruche jusqu’à 32-36°C lors de l’incubation de la prochaine génération d’abeilles dans la seconde partie de l’hiver. Elles effectuent une rotation de l’intérieur à l’extérieur du peloton afin qu’aucune n’ait trop froid. Plus la température extérieure baisse, plus le peloton devient compact.

Hive temperature in winter

Image: The Biology and Management of Colonies in Winter  –  Adony Melathopoulos

«Plus il y a d’abeilles dans une colonie, plus la proportion de travail que chacune d’elles est appelée à faire est restreinte, à condition que les provisions et la protection soient égales. » rappelle aux apiculteurs une publication du Ministère de l’Agriculture du Dominion du Canada. Il est donc impossible d’avoir une colonie trop forte pour l’hiver.» (Hivernage des abeilles au Canada, 1927)

Lorsque les abeilles d’un peloton sont peu nombreuses,  elles doivent travailler davantage pour produire la chaleur requise.

Les abeilles d’hiver vivent beaucoup plus longtemps que les abeilles d’été. Ces dernières ne vivent que six semaines durant lesquelles elles sont rapidement mutées d’une tâche à l’autre au sein de la colonie. Les abeilles nées à la fin de l’été et à l’automne, plus grosses et plus grasses et dont le système glandulaire est moins sollicité, vivent tout l’hiver jusqu’à l’arrivée de la relève au printemps.

L’activité à l’intérieur de la ruche ralentit durant l’hiver. La reine cesse de pondre et la seule préoccupation des ouvrières est de se nourrir afin d’avoir l’énergie requise pour maintenir la température du peloton et ainsi survivre.

«  [Les abeilles d’hiver] ne bâtissent pas et n’utilisent donc pas leurs glandes cirières. Elles ont moins souvent l’occasion de se défendre contre d’autres insectes qui n’existent plus en hiver comme les guêpes et les frelons ……. et elles n’utilisent donc généralement pas leurs glandes à venin. Cette inactivité des diverses glandes fatigue moins leur métabolisme et leur permet ainsi de vivre beaucoup plus longtemps que les abeilles d’été. »(http://www.lesbelleshistoires.info/comment-les-abeilles-traversent-elles-lhiver/

Toutefois, l’hivernage provoque nécessairement des pertes d’abeilles (au moins 30% des abeilles adultes d’une colonie) au cours de l’hiver. (Gestion optimale du rucher, Féd. des  apiculteurs du Québec, 2011)

Afin de réduire ces pertes au minimum, la colonie doit être forte et constituée principalement de jeunes abeilles à l’automne.  La colonie doit disposer d’une alimentation saine en abondance et d’une bonne protection contre le froid. C’est là que l’apport de l’apiculteur est crucial.

À l’automne, un apiculteur d’expérience pourra décider de regrouper deux petites colonies en une plus grande et s’assurera de la présence d’une reine en santé. Il veillera à protéger les abeilles nées à l’automne des parasites.

Certains apiculteurs entrent leurs ruches à l’intérieur de bâtiments à la mi-novembre afin de les protéger du froid hivernal. D’autres choisissent de recouvrir leurs ruches de matériaux isolants, tels que des panneaux de polystyrène et de papier goudronné utilisés dans la construction résidentielle.

Puisque l’apiculteur a prélevé le miel produit par ses abeilles jusqu’à la fin d’août, il compensera en leur fournissant un substitut de sucre en pain ou sous une autre forme.  Des réserves de nourriture insuffisantes pourraient entraîner des pertes anormalement élevées d’abeilles et même la perte de la colonie.

Les sites d’apiculture rappellent l’importance de bien protéger les abeilles du froid hivernal. Des abeilles qui seraient obligées de se nourrir excessivement pour combattre le froid ne pourraient se retenir de déféquer dans la ruche pendant les quatre, cinq ou six mois où elles ne peuvent sortir à l’extérieur en raison du froid.

En hiver, l’apiculteur laisse la colonie tranquille sauf pour possiblement profiter d’une belle journée pour effectuer une visite éclair et observer l’état de santé de la colonie. Au besoin, il peut alors ajouter à la réserve de nourriture si elle est insuffisante.

Au moment de publier ce texte, en principe, le printemps est à nos portes. Quelles seront donc les prochaines étapes dans la vie des colonies d’abeilles?

Bees at entrance

Lors de sa première visite au printemps, l’apiculteur s’assura de la santé de la colonie, de la présence d’une reine également en santé et d’une réserve de nourriture suffisante pour soutenir les abeilles jusqu’au moment où elles pourront commencer à butiner.

«Les abeilles sortent de la ruche quand la température extérieure atteint 11 à 12 °C. Elles recommencent à butiner dès les premières floraisons. La reine recommence à pondre; peu à peu, de jeunes générations d’abeilles remplacent celles de l’hiver. » (http://www.abeillesentinelle.net/la-ruche-abeille-au-fil-des-saisons.html »

Pour contribuer à la santé et à la pérennité  de ses colonies, l’apiculteur doit connaître et respecter les cycles saisonniers des abeilles. Il doit prêter davantage attention aux besoins de sa colonie qu’aux jours du calendrier. 

Nous vous ferons part des activités et de l’évolution des colonies d’abeilles tout au long des saisons. Nous espérons que vous serez des nôtres. 

Luc Fortin  (Mars 2017)

1 – À noter: Le chantre en question avait quitté sa Basse-Côte-Nord natale pour s’établir à Québec, devenant en quelque sorte un réfugié climatique.

2 – Lorsqu’elles émergent au printemps, ces jeunes reines doivent entreprendre seules la tâche colossale de choisir un lieu propice et d’y construire un premier nid, pondre leurs oeufs et butiner en quête de nectar et de pollen jusqu’à ce que leur première couvée d’ouvrières puisse butiner, construire des nids et élever leurs jeunes soeurs.

3 – À prime abord, ceci n’est pas un message subliminal à nos syndicats de travailleurs. Quoique, si jamais ils se sentent interpellés ……

4 – Nous aborderons plus tard cette saison la situation des abeilles redevenues sauvages et la façon dont elles survivent sans l’aide d’apiculteurs.

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